
Février 2026
« L’espoir, c’est savoir que demain existe, malgré tout »
L.Laguerre, poète haïtien
Madame S est suivie au Comede depuis 2 ans et demi. Présente en Guyane française depuis une dizaine d’années, elle a fui Haïti suite à des violences subies en raison de son orientation sexuelle. Sa demande d’asile a été rejetée deux fois.
Les premiers entretiens psychologiques se ressemblent, sont figés dans le temps, sans action et presque sans pouvoir penser car Madame ne peut pas penser à demain, à un futur.
Les Brèves d’exil portent témoignage des situations individuelles rencontrées par l’équipe pluridisciplinaire du Comede, dans le cadre des consultations et des permanences téléphoniques. Elles sont, à bien des égards, un indicateur de la condition des personnes exilées dans la société d’aujourd’hui.
Pour survivre, Mme S est « reste avec » dans une famille ; terme générique pour parler d’esclavagisme moderne. Elle peut manger quand il reste quelque chose et dort par terre, au pied des enfants dont elle s’occupe toute la journée.
En mars 2024, une décision de justice de la CNDA [1] reconnaissant l’intensification des violences en Haïti autorise un grand nombre de personnes haïtiennes à faire une demande de réexamen de leur demande d’asile, avec la possibilité d’obtenir une protection subsidiaire selon leur région d’origine.
Madame S fait donc une seconde demande de réexamen. En raison du manque de moyens, la demande prend plus de temps que prévu. Les quelques jours supposés séparer le dépôt du dossier et l’entretien à l’Ofpra[2] se transforment en plusieurs mois suspendus dans le temps. Il faut tenir pour Madame S.
Au-delà des questions d’attente, de survie, qu’en est-il des raisons intrinsèques qui poussent Madame S à demander l’asile ; si le taux d’obtention de la protection subsidiaire augmente pour les ressortissant·e·s haïtien·ne·s, c’est parce que la communauté internationale reconnaît l’ampleur des violences perpétuées par les gangs sur la population civile dans certaines régions du pays. Madame S, comme d’autres personnes, met donc de côté une partie son histoire personnelle pour se fondre dans l’actualité d’Haïti.
Puis, fin avril 2025, Madame S devient bénéficiaire de la protection subsidiaire. Depuis cette reconnaissance, Madame S va « divinement bien », heureuse de pouvoir circuler sans crainte d’un contrôle d’identité à Cayenne.
Dans l’espace des consultations psychologiques, Madame raconte Haïti, mais pas Haïti en guerre ; ce qu’elle aime d’Haïti ; et c’est ainsi que nous voyageons de l’ïle à la Tortue, à Cap Haïtien, en passant par Port au Prince. Et Madame est fière.
De cet accompagnement pluridisciplinaire dans la structure, nous retiendrons surtout que rêver un « demain » ou un « plus tard », s’il peut être très douloureux voire impossible, fait vivre un espoir. Et c’est sans doute ce qui a permis à Madame S de nous inviter, à la fin de son accompagnement : « Mon pays est très malade, mais quand il sera guéri, vous viendrez le visiter ? ».
[1] Cours Nationale du Droit d’Asile
[2] Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides








