
Tuberculose : une infection aux racines sociales
La tuberculose est la première cause de mortalité par un agent infectieux dans le monde. Elle représente un problème de santé publique. En France, pays de faible endémie, si le nombre de nouveaux cas de tuberculose décline inexorablement dans la population générale, la part des personnes nées à l’étranger touchées par la maladie ne fait que croître, confondant souvent le visage de cette affection avec celui de la personne migrante. L’analyse des données épidémiologiques des institutions publiques et des associations de terrain mettent pourtant en évidence l’importance des facteurs de vulnérabilité dans la réactivation et la transmission, de la tuberculose.
Voir la vidéo : Fatigue, perte d’appétit, amaigrissement, fièvre, sueurs nocturnes... TUBERCULOSE ?
La tuberculose est une maladie fréquente chez les personnes exilées … C’est faux !
Le cumul des facteurs de vulnérabilité pour la santé des personnes exilé·es, notamment les obstacles à l'obtention de l'assurance maladie, le faible recours à l'interprétariat en santé, l'absence d’hébergement et l'isolement social sont autant de freins à un accès au dépistage et à la prise en charge de la tuberculose. Pourtant, la tuberculose est loin d’être une des infections les plus déclarées chez les personnes exilées.
Au Comede, la tuberculose n’est qu’au 12e rang des maladies graves les plus fréquentes dépistées chez les patient·es : 50 fois moins que les psychotraumatismes, 20 fois moins que les maladies cardiovasculaires ou l’infection par le VHB, 4 fois moins que l’infection par le VHC ou par le VIH. Entre 2010 et 2020, parmi les 68 personnes dépistées de la tuberculose, aucune n’en avait connaissance dans son pays d’origine.
Si la maladie représente une vraie problématique sanitaire, elle est surtout symptomatique d’enjeux sociaux. La tuberculose est une maladie infectieuse favorisée et aggravée par la malnutrition et la précarité. Transmissible par voie aérienne, l’infection tuberculeuse provoque la maladie dans environ 5 à 10% des cas, mais le risque peut monter jusqu’à 50% selon l’âge et l’état de santé de la personne, notamment chez les jeunes enfants, ou en cas d’immunodépression.
Plus de données dans le Rapport d’activité et d’observation 2023.
Les personnes atteintes de la tuberculose sont plus souvent en situation de détresse sociale que les autres patients du Comede. La situation est particulièrement préoccupante sur le plan de l’hébergement, dont 32 % sont dépourvus alors que 61 % disposent d’un hébergement précaire. La quasi-totalité des malades ont des ressources financières inférieures au plafond de la CMUc (97 %) et se trouvent en situation précaire sur le plan du séjour (91 %)
Comprendre les symptômes, le dépistage et les traitements
La tuberculose est due à une mycobactérie, Mycobacterium tuberculosis, appelée bacille de Koch (BK). Bien que tous les organes puissent être infectés, la tuberculose atteint le plus souvent le poumon. Transmise par les voies aériennes à travers la toux, les postillons ou les crachats, la tuberculose ne circule pas via la vaisselle, les tissus ou les objets. Les signes généraux communs à toutes les formes de la maladie sont une altération de l’état général : fatigue, perte d’appétit, amaigrissement, fièvre, sueurs nocturnes. Une toux isolée et de plus d’un mois chez une personne vivant en situation de précarité peut être un signe.
Le diagnostic formel de la tuberculose sera confirmé par des analyses microbiologiques.
Chaque région est dotée de Centres de lutte anti–tuberculeux (Clat) qui effectuent gratuitement, pour l’ensemble des patient·e·s le dépistage de la tuberculose et l’investigation dans l’entourage de la personne infectée ; le suivi médical des personnes atteintes ; la délivrance des médicaments et la vaccination par le BCG. (art. L 3112 CSP)
La prise en charge de la tuberculose est couverte à 100% par l'assurance maladie et l'AME.
Voir la liste des Centres : https://splf.fr/clat/
Le traitement repose sur des associations d’antibiotiques. Il dure habituellement 6 mois pour les formes pulmonaires, et peut être prolongé dans certaines formes extra pulmonaires jusqu’à 18 mois.
Un traitement bien conduit permet la guérison.
La tuberculose peut être particulièrement stigmatisant, le recours à l’interprétariat professionnel peut aider à instaurer une confiance entre le médecin et la personne infectée augmente les chance d’une bonne observance thérapeutique. Les malades, déjà précaires socialement, sont projetés bien souvent dans un isolement social encore plus grand. L’annonce de la maladie s’associe alors à la perte des moyens de subsistance, de l’hébergement, et de la communication avec les proches.
Plus d’information sur la prise en charge médicale de la tuberculose chez les personnes exilées dans l’article 20.9 Tuberculose du Guide Comede
Les personnes les plus à risque de contracter une forme de tuberculose sont celles récemment arrivées en France, résident dans des logements insalubres et dans un des départements les plus touchés (Mayotte, Guyane ou Ile-de-France). Les enfants en particulier sont à surveiller.
Afin d’endiguer la pandémie, le dépistage de la tuberculose pulmonaire doit faire partie du bilan de santé recommandé pour les personnes migrantes récemment arrivées en France.
La lutte contre la tuberculose relève de l’État
En France, le caractère épidémique de la maladie inscrit la lutte contre la tuberculose comme responsabilité de l’État (art. L 3112–2 CSP, Code de la santé publique). La vaccination, le suivi médical et la délivrance des médicaments sont pris en charge à 100% par l’assurance maladie et l’AME mais le cumul des facteurs de vulnérabilité freine le diagnostic. Les obstacles à l'obtention de l'assurance maladie, le faible recours à l'interprétariat en santé, l'absence d’hébergement et l'isolement social sont autant de freins à un accès au dépistage et à la prise en charge de la tuberculose.
La lutte contre la tuberculose devrait s'inscrire dans une approche globale de la prise en charge de la santé des personnes exilées, tenant compte du contexte psychique, social et juridique de l’exil.
Pour aider le Comede à agir en faveur de la santé des personnes exilées et défendre leurs droits, faites un don
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