Journée internationale des droits des femmes

Défendre le droit à la santé pour toutes

À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, il est nécessaire de rappeler que l’accès à la santé est un droit essentiel pourtant encore loin d’être garanti pour toutes.

Les réductions budgétaires qui pèsent sur le système de santé cumulées aux législations restrictives régissant l’asile et la migration conduisent à une dégradation de l’accès à la santé des personnes exilées.

Après des parcours d’exil difficiles, la détérioration des conditions d’accueil et la précarité administrative compliquent l’accès aux soins et entrainent une dégradation de l’état de santé des personnes.

Toutes les données ci-dessous sont issues du Rapport d'activité et d'observation.

Des obstacles qui précarisent particulièrement les femmes exilées

Au Comede, si la totalité des patient·e·s présente des éléments démontrant une grande précarité (administrative ou sociale), certaines données sont encore plus significatives concernant les femmes. En 2024, 21% des patientes reçues à l’accueil du Comede à Bicêtre n’avaient pas un accès sécurisé à l’alimentation et seules 2% des patientes bénéficiaient d’un logement autonome. Parmi les patientes qui bénéficiaient d’un hébergement, 36% étaient hébergées « chez un tiers », une situation qui doit mettre en alerte en raison du risque notable d’hébergement contre services – notamment sexuels.

De plus, dans le rapport d’activité et d’observation 2023, 74% des femmes reçues au Comede Bicêtre déclaraient des antécédents de violences (contre 68% chez les hommes), et 55% des antécédents de violences liées à leur genre (contre 10% des hommes). Les violences de genre peuvent prendre plusieurs formes : mutilations sexuelles féminines, mariages forcés, viols, violences conjugales, etc.

Ces violences subies au pays d’origine, sur les chemins d’exil ou dans le pays d’accueil peuvent avoir des conséquences sur la santé des victimes.

Une épidémiologie spécifique aux femmes exilées

Parmi les patient·es du Comede vivant avec le VIH, 70% sont des femmes (74% ont découvert leur infection lors de l’arrivée en France). Les femmes sont aussi trois fois plus nombreuses que les hommes à  présenter des maladies cardiovasculaires, 1.2 fois plus à vivre avec une hépatite C chronique ou 2 fois plus à développer un cancer.

Dans l’intimité d’une consultation, ne pas pouvoir comprendre ni se faire comprendre n’est pas un simple inconfort : c’est un risque pour la santé, pour la sécurité et pour la dignité. Comment décrire une douleur, évoquer des violences subies, comprendre un diagnostic ou un traitement lorsque les mots manquent ? L’absence de communication claire peut entraîner des retards de prise en charge, des incompréhensions médicales, une perte de confiance et un renoncement aux soins.

L’interprétariat professionnel pour améliorer l’accès à la santé et au droit

L'équipe du centre de soins du Comede en Guyane partage son expérience

« Les interprètes, au-delà de « seulement » traduire, expliquent ce qu’elles comprennent des sous-entendus dans le récit des violences, alors que ces violences sont parfois seulement effleurées par la parole. C’est très précieux car cela permet une lecture et une écoute entre les mots de ce que dépose la patiente. »

Psychologue au Comede Guyane

Au Comede, les membres de l’équipe professionnelle, salarié·e ou bénévole, défendent l’indiscutable nécessité du recours à l’interprétariat professionnel. Afin d’encourager la pratique, l’équipe du Comede Guyane a été sollicitée pour partager son expérience.

« Parler des violences subies reste difficile ; il faut avoir créé un climat de confiance pour pouvoir en parler. Le fait de le faire dans sa langue maternelle facilite l'instauration de ce climat de confiance. Il permet de mettre les bons mots sur les maux. Les violences relèvent de l'intime et elles ne sont peut-être dicibles que dans l'intimité de la langue maternelle. »

Assistante sociale au Comede Guyane

La consultation à trois peut sembler plus ardue mais quelques conseils essentiels permettent de rapidement dépasser les blocages

Dans le cadre d’une consultation réunissant un·e professionnel·le, une personne accompagnée et un·e interprète, la première étape essentielle consiste à rappeler systématiquement le principe de confidentialité dès le premier entretien :« en début de consultation l’interprète se présente à la patiente, vérifie la compréhension mutuelle et rappelle le cadre ; c’est très précieux et apprécié des patientes. » explique une psychologue du Comede Guyane. Ce rappel permet de rassurer la patiente et de créer un climat sécurisant, propice à la transmission des informations nécessaires à une consultation de qualité.

La confiance se construit également dans la posture adoptée par le ou la soignant·e : il est primordial de s’adresser directement à la personne accompagnée, en la regardant, même lorsqu’elle ne comprend pas la langue parlée. Cette attention manifeste permet de rester centré sur sa situation et de reconnaître pleinement sa place dans l’échange.

« Le lien de confiance est nourri par les apports culturels de l'interprète, la personne se sent écoutée et bien comprise. »

Assistante sociale au Comede Guyane

Au-delà de la simple traduction linguistique, l’interprète contribue à une meilleure compréhension des références culturelles, des représentations et des codes implicites. La patiente peut ainsi se sentir véritablement écoutée et comprise. L’accompagnement ou la consultation en sortiront renforcée.

Enfin, l’équipe rappelle l’importance des temps d’échange avec l’interprète et de transmission en-dehors de la consultation : « Les échanges hors consultations sont autant importants car ils permettent pour nous, professionnel·les, de nous éclairer sur l'aspect culturel, sur la façon de vivre et de penser. » précise une assistante sociale du Comede Guyane. Ces temps d’échange permettent d’affiner la compréhension des situations, en particulier lorsqu’il s’agit de sujets lourds ou complexes, et contribuent ainsi à un accompagnement plus ajusté et respectueux des réalités de la patiente.

« Il m’arrive dans certains cas, de demander à l’interprète de rester en ligne à la fin de la consultation pour demander comment il/elle s’est senti·e, récolter ses impressions et ressentis ou pour échanger sur l’intonation de la patiente reçue par exemple. »

Psychologue au Comede Guyane

Face aux enjeux, l’interprétariat professionnel en santé apparaît pour les femmes exilées non comme un service accessoire, mais comme un levier fondamental d’égalité et de qualité des soins. Garant de la confidentialité, de la fidélité des échanges et du respect des personnes, il permet de restaurer un dialogue essentiel entre soignantes, soignants et patientes.

Défendre son accès, c’est affirmer que la santé des femmes exilées est une question de droits humains, de justice sociale et de responsabilité collective.