Maladies non transmissibles : garantir la sécurité des soins pour les personnes exilées

La Journée mondiale de la sécurité des patients et patientes, instaurée par l’OMS en 2019, est célébrée chaque année le 17 septembre. L’un des objectifs de cette journée est de réduire les préjudices évitables dans le cadre des soins de santé. Chaque année, un nouveau thème met en avant un domaine prioritaire nécessitant une action et le thème choisi en 2026 est : « Des soins sûrs pour les maladies non transmissibles (MNT) ».

« Les personnes atteintes de MNT requièrent souvent des soins continus dans divers contextes et sur de longues périodes, ce qui concourt à multiplier les situations pouvant présenter des risques pour la sécurité – de la prévention et du diagnostic au traitement, en passant par la prise en charge au long cours et les soins auto-administrés. Les difficultés propres aux systèmes de santé, de même que les déterminants de la santé au sens large, influent également sur ces risques. »

Extrait du communiqué OMS concernant la journée La Journée mondiale de la sécurité des patients et patientes.

Les maladies non transmissibles (MNT) sont des maladies non-infectieuses et non transmissibles entre personnes. Elles peuvent être chroniques ou aiguës et leur pronostic en l’absence de prise en charge adaptée est généralement mauvais. Les principales MNT comprennent les maladies cardio-vasculaires, les cancers, les maladies respiratoires chroniques, notamment obstructives et le diabète.

Maladies non transmissibles : épidémiologie au Comede

En 2025, les maladies chroniques non transmissibles représentent la majorité des maladies graves observées chez les patientes et les patients du Comede : elles concernent 66 % des situations dans le cadre des Permanences téléphoniques et 56 % en consultation.

Les maladies cardiovasculaires et le diabète figurent parmi les principales MNT observées chez les personnes accompagnées. Les troubles psychiques graves représentent également une part importante des maladies graves chez les personnes suivies en consultation : ils concernent 32 % des situations, principalement des syndromes psychotraumatiques et des dépressions.

Ces données soulignent l’importance d’une prise en charge adaptée, précoce et continue des maladies non transmissibles chez les personnes exilées.

Un accès aux soins inégalitaire

« La sécurité du patient·e » sous-entend la nécessité de pouvoir accéder librement aux soins. Cependant, les personnes exilées sont confrontées à de nombreux obstacles dans leur parcours de soin, notamment en raison des restrictions d’accès à la protection maladie à l’encontre des étrangers en séjour précaire. Dans les périodes d’attente ou de rupture de droits pour la protection maladie, ces personnes doivent faire face à des situations fréquentes de restriction ou de refus de soins, « en ville » comme à l’hôpital.

Dans une étude menée au Comede en 2025, 64% des personnes déclaraient avoir été victimes d’un ou plusieurs refus de soins en France.

Parmi les personnes qui déclaraient avoir déjà subi un refus de soin :

  • 66% ont fait face à un refus de prise de rendez-vous,
  • 50% se sont vues refuser un médicament,
  • 36% ont eu un refus de prise en charge lors d’un rendez-vous.

Ces ruptures dans le parcours de soins peuvent retarder le diagnostic, interrompre un traitement ou aggraver une maladie chronique, avec des conséquences potentiellement durables sur l’état de santé.

Pour lutter contre les discriminations dans l’accès aux soins, le Défenseur des droits a d’ailleurs établi en 2025 une liste de recommandations.

L’importance de l’interprétariat professionnel

Les personnes allophones ou maîtrisant mal le français peuvent également rencontrer des difficultés pour comprendre les informations qui leur sont données, exprimer leurs symptômes ou suivre correctement leur traitement.

Malgré l’inscription dans le code de la santé publique en 2016 du recours à l’interprétariat quand celui-ci est nécessaire, la pratique reste peu utilisée. Pourtant, au-delà de permettre une meilleure observance thérapeutique, l’interprétariat professionnel inscrit la personne suivie comme actrice du soin. Le patient ou la patiente a qui l’on propose un interprète en consultation accède à un service impartial et de qualité.

La prise en charge des maladies non transmissibles : détecter, dépister et prévenir

Les conditions de grande précarité sociale et économique que connaissent les personnes exilées constituent des facteurs de risque pour le développement de maladies non transmissibles. La prise en charge des maladies non transmissibles repose ainsi sur la détection, le dépistage et le traitement mais aussi sur la gestion des facteurs de risque.

Lors d’un bilan de santé, les soignant·es vont recueillir les antécédents médicaux et familiaux, appréhender le mode de vie de la personne suivie et réaliser un examen clinique rigoureux afin de déterminer les mesures préventives. Vaccination, éducation thérapeutique du patient, activités physiques et sportives, nutrition/diététique, accompagnement social et juridique (protection maladie, hébergement, régularité du séjour) sont autant de mesures à mettre en place pour garantir la sécurité du patient·es tout au long de son parcours de soins. La prise en charge doit être pluridisciplinaire et, si besoin, faire appel à l’interprétariat professionnel pour les patients allophones.

Garantir la sécurité des soins en 2026

Pour l’OMS, l’un des objectifs de la Journée mondiale de la sécurité des patients et patientes 2026 est d’« aider les soignants et les soignantes à renforcer les pratiques en matière de sécurité des patients et des patientes – améliorer la sécurité des diagnostics et des médicaments et associer véritablement les patients et les patientes ».

Pour les personnes exilées, garantir la sécurité des soins implique notamment de pouvoir accéder aux soins, être correctement informé·e, comprendre son diagnostic et son traitement, participer aux décisions et bénéficier d’un suivi adapté dans la durée.

La prise en charge précoce des maladies non transmissibles peut limiter leurs conséquences sur la santé et la qualité de vie. Mais pour qu’elle soit réellement efficace, de nombreux freins restent encore à lever afin de garantir à toutes et tous un égal accès aux soins.

Ressources / Pour aller plus loin